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Laïcité: neutralité ou confinement au privé?

octobre 17, 2011

Reconnaître une religion est compliqué.

Un Etat laïc doit-il être neutre vis-à-vis des religions ou doit-il les confiner au privé? La laïcité doit-elle être passive ou active? Bref, doit-on interdire les signes religieux ostensibles dans les lieux publics? La question subalterne qui alors fait souvent débat est de savoir ce qu’est un signe « ostensible ». En fait, ce qui est important est plutôt de savoir ce qu’est un signe « religieux ». Pour identifier un signe religieux, il faut identifier une religion, bref il faut reconnaitre des religions. Quand l’Etat est neutre, il ne reconnait pas les religions. Dans les faits, la neutralité de l’Etat est beaucoup plus simple à gérer que son éventuel caractère répressif. Si l’on s’adresse à l’Etat en ces termes : «La communauté catholique cherche un terrain constructible, pourriez-vous nous aider ?», l’Etat neutre répond sobrement: «Je ne connais pas cette communauté, je ne vois pas de qui vous parlez, désolé.» Quand l’Etat n’est pas neutre, sa réponse est plutôt du genre : «Je sais qui vous êtes et je n’ai pas envie de vous aider, d’ailleurs, il vaudrait mieux que vous ne vous montriez pas trop…». Bref, la laïcité se manifeste d’un côté par l’indifférence, de l’autre par la haine.

Le combat étatique contre les religions est légitime.

Si l’Etat veut confiner les religions, c’est qu’il les trouve dangereuses, c.-à-d. contraires aux valeurs du pouvoir en place. L’Etat français est déjà engagé sur cette voie lorsqu’il lutte contre les sectes jugées dangereuses pour leurs membres ou pour la société. Cependant, interdire le domaine public aux religions (c.-à-d. aux sectes ayant atteint une taille critique) est une mesure autrement plus préventive et liberticide que d’enquêter sur de petites sectes formées de déséquilibrés mentaux. L’enjeu doit être a la hauteur de l’interdiction et relever par exemple de l’ordre public, de la sante publique ou de l’unité nationale.

L’Education est en première ligne.

Même si la liberté de pensée et la liberté de conscience sont garanties par la loi, la pensée et la conscience sont fortement canalisées par le pouvoir en place. Un système éducatif nationalisé enseigne une vérité et en écarte d’autres. On choisit par exemple d’enseigner la théorie de l’évolution et pas le créationnisme divin. On choisit en cours d’Histoire de rappeler certains faits plutôt que d’autres. Il y a donc une volonté de l’Etat d’intervenir dans les consciences. Pour éviter toute interférence lors de la transmission d’un savoir, il est normal d’interdire tout signe ostensible d’une croyance concurrente.

Deux possibilités.

Pour contenir l’influence potentiellement grandissante des religions, on peut considérer deux structures étatiques différentes :

1) La première possibilité est de se doter d’une laïcité impérieuse qui débarrassera l’espace publique du religieux. L’Etat traitera toutes les religions de la même façon, en n’en privilégiant aucune. Les religions devront alors figurer sur une liste officielle et toute entité absente de cette liste sera ignorée. Les communautés de cultes seront régulièrement évaluées afin d’actualiser la liste. Il est clair qu’une liste n’empêchera pas les cas litigieux : Pourra-t-on en public porter un t-shirt avec l’inscription «Les athéistes ont raison.» sans être inquiété ? Les petites sectes seront considérées à part, comme elles le sont actuellement en France, et les plus obscures ou malveillantes d’entre elles feront l’objet d’enquêtes. C’est la solution « Mieux vaut prévenir que guérir ».

2) La deuxième possibilité est de conserver un Etat laïc neutre qui ne reconnaît aucune religion et donc ne reconnaît aucun signe religieux (ostensible ou pas), mais qui garde une capacité d’action en amalgamant religions et sectes. Toute secte qui par sa taille et son influence devient un danger pour la société fera l’objet de mesures répressives. C’est la solution « Je te laisse tranquille si tu me laisses tranquille ». Notez que plus une secte est petite, plus il est facile de l’attaquer. Déclarer qu’une religion est désormais un ennemi public est clairement guerrier.

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