Sans système nerveux, ni Bien ni Mal

septembre 9, 2010

Le Bien, c’est l’ensemble des choses qui permettent de se sentir bien ; le Mal l’ensemble des choses qui permettent de se sentir mal. Sensations, sens, sentiments sont des manifestations du système nerveux. Donc sans système nerveux, pas de Bien, pas de Mal.

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Le soldat Zemmour

mars 24, 2010

Printemps 2010, la bataille médiatique zemmourienne se durcit. Il s’agit de laisser à l’adversaire le moins de terrain possible. Du terrain, Zemmour en a beaucoup gagné ces dernières années: d’abord dans la presse écrite, puis à la télévision, sur les sites de vidéos en ligne, et enfin à la radio à heure de grande écoute. Il se pourrait bien qu’il doive maintenant en céder. Les institutions ont décidé d’agir après s’être aperçues que le petit Éric était capable de déplacer un électorat.

Alors que la plupart des intellectuels dénoncent ou rétorquent « à distance » dans des articles de journaux souvent ignorés du grand public, Zemmour a décidé d’aller au front, sur les plateaux de télé, pour y déloger l’adversaire confortablement installé. Lors des débats télévisés, une solide culture et une bonne élocution ne suffisent pas: il faut la réactivité, la vivacité et l’endurance. Dans une arène médiatique, aller au bout d’un raisonnement ou mettre des intellectuels face à leurs contradictions reste un exercice périlleux. Pour Zemmour, il s’agit aussi de ne rien laisser passer: décrypter la sémantique de l’idéologie ambiante et montrer qu’une autre pensée est possible.

Quand il attaque certaines personnes ou en défend d’autres, c’est avec intelligence, efficacité, courage et… patience. Combien de fois Zemmour a-t-il du expliquer et réexpliquer? C’est une leçon de pédagogie à la France entière. D’ailleurs s’occuper de la France, c’est précisément ce qu’on lui reproche. Zemmour aime la France, sa culture, sa langue, son poids historique, et c’est mal. Dans l’ambiance étouffante du politiquement correct, Zemmour a fini par devenir « celui qui  dit ce que les gens pensent, voire plus ». Ses attaques contre la bien-pensance et le mondialisme dérangent. La subversion consiste désormais à défendre l’égalité réelle des droits ou à regretter une laïcité impérieuse.

Et si Zemmour commençait à fatiguer, à perdre son souffle, comme un soldat seul au front qui attendrait des renforts? On devine que Zemmour rêve d’un soutien populaire massif. Les Français sauront-ils seulement reconnaitre sa valeur? Voudront-ils seulement défendre encore ce qu’ils sont, ce qu’ils représentent?

Le préjugé et l’amalgame: des droits imprescriptibles.

février 23, 2010

Le préjugé

Le préjugé est fréquemment défini de la façon suivante: « Jugement ou opinion adopté(e) en l’absence d’information suffisante ». Cette définition relève du terrorisme intellectuel.  Qui décide si l’information est suffisante ou pas? L’Inquisition? Mettons les dogmes de côté et disons qu’un préjugé est un jugement adopté en présence de peu d’information. La différence entre « peu » et « trop peu » est essentielle. Autrement dit, un préjugé est lié à une grande incertitude. Il resterait à définir ce qu’est une grande incertitude et ce qu’est une petite incertitude, mais laissons cela aux théoriciens de l’information. L’important c’est qu’un préjugé peut être bon ou mauvais parce qu’il peut être plutôt vrai ou plutôt faux. La pertinence d’un préjugé dépend des informations sur lequel il se base et de leurs interprétations par le cerveau.

Par exemple, je lis un article qui suggère que le vin rouge est bon pour le cœur. Je retiens l’information et je me dis que le vin blanc ne doit pas être mauvais non plus. Je me suis ainsi constitué un préjugé sur le vin. Davantage d’informations permettront de conforter, d’améliorer ou de rectifier un préjugé. Seulement, ces informations supplémentaires sont souvent inaccessibles; il nous faut alors juger, décider et agir avec une quantité limitée d’information. Même au tribunal, les décisions de justice tombent sans certitudes absolues. Même un test ADN n’est pas sûr à 100%. Qui dit que c’est bien le bon ADN qui a été testé?

En fait, refuser le préjugé, c’est renoncer à la prise de décision et à l’action. Evidemment, plus une information est incertaine, plus il est risqué de juger et d’agir. Mais ce risque est à comparer au danger de ne pas agir.

Certains disent vouloir faire disparaître les préjugés. Un tel projet s’apparente à une lobotomie généralisée. Prenons l’exemple suivant. Vous êtes un enfant de 6 ans et vous ne savez pas ce qu’est un mouton, vous n’en avez jamais vu. Quelqu’un vous montre un mouton blanc en vous disant « voilà ce qu’est un mouton ». Vous en déduisez de façon naturelle que les moutons sont blancs et pas noirs. Supposons maintenant qu’on vous ait aussi dit qu’il ne fallait pas avoir de préjugé. Vous allez alors refusez l’information « les moutons sont blancs » de peur d’avoir un préjugé sur la couleur d’un mouton. Il se trouve que vous aurez raison puisqu’il y a aussi des moutons noirs. Cependant, si vous refusez les préjugés alors vous ne saurez toujours pas ce qu’est un mouton (bien qu’on vienne de vous en montrer un). Vous allez, en effet, refuser l’information « les moutons ont 4 pattes » de peur d’avoir un préjugé sur le nombre de pattes d’un mouton, refuser l’information « les moutons font bêêêh » de peur d’avoir un préjugé sur l’élocution d’un mouton, et ainsi de suite pour toutes les propriétés du mouton. Bref, pour vous, un mouton pourra très bien ressembler aussi à une autruche.

En réalité seuls certains préjugés dérangent certaines personnes. Ce sont des préjugés susceptibles d’entrainer des mouvements et des réactions redoutés par une partie de la population. Le meilleur moyen d’éradiquer un préjugé c’est d’apporter des éléments de réfutation. Encore faut-il que le préjugé concerné soit réfutable. C’est cette réfutation qui est par exemple sollicitée dans les tribunaux: on laisse la parole à la défense afin qu’elle apporte des éléments d’information supplémentaires.

L’amalgame

L’amalgame est fréquemment défini de la façon suivante : association abusive de personnes, groupes ou idées. Encore une fois, il faut refuser cette définition.  Qui décide de ce qui est abusif ou pas? L’Inquisition? Plus objectivement, nous dirons qu’amalgamer, c’est mélanger, c’est mettre dans le même sac. Conceptuellement, un amalgame est donc une généralisation, un simplification qui, comme le préjugé, peut être plus ou moins pertinente.

Les sciences reposent sur une préalable catégorisation du réel. De par leur complexité, elles (mises à part les sciences fondamentales) ont recours à l’amalgame en permanence. En médecine, par exemple, on associera certains symptômes à une maladie plutôt qu’à une autre même si dans certains cas ce diagnostique s’est déjà révélé infructueux.

Il est important de noter que l’amalgame, en tant que simplification du réel, n’est pertinent que s’il permet d’atteindre un but. Plus un amalgame sert le but à atteindre et plus il est bon. Il se différencie en cela du préjugé, qui lui peut exister sans but précis, si ce n’est le but de la connaissance elle-même. Pour atteindre un but, l’amalgame consiste généralement à ignorer l’insignifiant. On ignore certaines propriétés d’une chose pour pouvoir l’assimiler à une autre chose. On amalgamera par exemple les agnostiques (ceux qui doutent) avec les athéistes (ceux qui ne doutent pas) lorsqu’il s’agira de montrer le recul des religions. De même, quand la France est en guerre contre l’Allemagne, elle est en guerre contre tous les Allemands, les belliqueux comme les pacifistes. On amalgame tous les allemands parce que le sort de quelques pacifistes allemands n’entre pas en ligne de compte lorsqu’il s’agit de gagner une guerre. On amalgame parce qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.

Il est naturel que certains amalgames irritent voire scandalisent. Soit parce qu’ils choquent le bon sens (exemple : les dauphins sont des poissons comme les autres) soit parce qu’ils sont portés par des objectifs qu’on ne partage pas. Vos opposants appeleront « stupide amalgame » ce que vos partisans nommeront « esprit de synthèse ». Puisqu’amalgamer permet d’atteindre un but, il suffira à quelqu’un de vous empêcher d’amalgamer pour vous empêcher d’atteindre ce but. Réprimer tout amalgame, c’est interdire tout projet d’action. En vous forçant à distinguer, on fera de vous un  adepte du laisser-faire. Le philosophe se satisfera d’une contemplation béate des différences. Mais on a le droit de ne pas être philosophe.